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Sécurité alimentaire du bétail et valorisation du fourrage au Sénégal: Témoignages de bénéficiaires directs du PRAPS


 D’ici la fin de l’année 2020, le paysage pastoral sénégalais va prendre une nouvelle dimension infra structurelle, avec à la clé 30 parcs à vaccination neufs, 4 aires d’abattage, 10 forages équipés de réseaux d’adductions d’eau complets, 3 cabinets vétérinaires privés de proximité, 3 postes d’inspection vétérinaires transfrontaliers (PIF), 08 magasins de 100 tonnes, 20 magasins ou boutiques pastorales de 50 tonnes, 11 laiteries et 8 marchés à bétail. A cela s’ajoutent la réhabilitation et/ou la construction d’une trentaine de postes vétérinaires, de services régionaux et départements de l’élevage.
En attendant la réception définitive de ces infrastructures, le projet compte également à son actif plusieurs autres réalisations de première main pour booster l’élevage pastoral. Nous en rapportons quatre types : la constitution de réserves fourragères, la culture fourragère, la fabrication de vaccins et la vaccination avec marquage.

THEME 1: Sécurité alimentaire du bétail et valorisation du fourrage : deux pasteurs témoignent

IMG_9675 Les contraintes environnementales complexifient l’alimentation des animaux domestiques. Les feux de brousse ravagent une grande partie de l’herbe disponible. Les vents et autres phénomènes climatiques ne permettent pas toujours une disponibilité continue des ressources fourragères pendant toute l’année. Les termites et les défécations animales souillent une grande partie de l’herbe. Selon les spécialistes, un tiers seulement des ressources fourragères naturelles est mangé par les animaux ; les deux tiers sont donc perdus.
C’est pourquoi, pour aider à la résilience des communautés pastorales, le projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel, s’est investi dans la culture et la constitution de réserves fourragères pour atténuer le déficit fourrager qui menace le pastoralisme. Et pour cause : en dépit de la pression démographique, de la poussée urbaine et de l’agression de l’agrobusiness, le pastoralisme a encore de beaux jours devant lui. Pendant longtemps encore, les pays sahéliens et les pays côtiers d’Afrique dépendront largement de ce mode de vie pastorale pour satisfaire leurs besoins en protéines animales, créer des emplois et générer des revenus.

 Awa Dembel Alassane SOW, 63 ans, présidente départementale et régionale du Directoire national des femmes en élevage (DINFEL), Barkédji (département Linguère, région de Louga)

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 IMG_7597« Grâce au PRAPS, la fauche manuelle traditionnelle de l’herbe avec une faucille est remplacée progressivement par une motofaucheuse. Le fagot d’herbes a laissé la place aux bottes réalisées par une botteleuse fabriquée par un artisanat local. La botteleuse est une boîte métallique qui fait des bottes de l’ordre de 12 à 15 kg. Il est porté sur une charrette en même temps que la motofaucheuse lors des opérations de fauche. Les écorces d’arbre pour lier les fagots d’herbes sont remplacées par un modèle de corde appropriée usinée à Dakar. Elle permet de nouer correctement les bottes. Les fournisseurs locaux ont été sensibilisés sur ce modèle de corde en rouleau, pour éviter les éventuelles ruptures. Un modèle de caisson portable a été aussi acquis par le projet pour les individus qui désirent poursuivre la fauche manuelle, avec une faucille.

Tous les acteurs impliqués dans les campagnes de fauche ont bénéficié de séances de formation, d’information et de sensibilisation sur l’entretien et la maintenance, mais aussi sur l’importance de la fauche et de la conservation des fourrages. Les radios communautaires partenaires du PRAPS ont été mises à contribution pour la pré-campagne, la campagne et l’après-campagne. Des messages et des émissions ont été diffusés sur les bonnes pratiques en matière de récolte, de conditionnement et de conservation des fourrages avec la participation des vétérinaires et des techniciens de l’environnement. »
IMG_6574Awa Dembel Alassane Sow fait partie de cette race d’éleveurs très ouverte aux innovations techniques et technologiques destinées à améliorer les pratiques pastorales. A cet égard, elle ne tarit pas d’éloges à l’endroit du PRAPS qui a construit plusieurs infrastructures pastorales dans sa zone en plus de la dotation en motofaucheuses et botteleuses.

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Ayant été initiée à la gestion des motofaucheuses et aux cultures fourragères, en même temps que plusieurs autres représentants d’éleveurs, Awa n’a pas tardé à créer son propre périmètre de néma (ou maralfalfa) juxtaposé à son domicile. Ce périmètre d’un hectare environ permet trois récoltes annuelles de 120 sacs chacune, soit environ une tonne de fourrage à l’état brut pour chaque récolte. La culture du néma permet de réduire les charges financières liées à l’acquisition de fourrage grossier.
En réponse à l’insécurité alimentaire du bétail, la promotion des cultures fourragères reste l’une des priorités du ministère de l’Elevage et des Productions animales. Il s’agit de familiariser les éleveurs avec les cultures fourragères, de créer un réseau de multiplicateurs de semences fourragères et d’inciter le privé à s’investir dans la filière pour une pérennisation des actions. La culture fourragère est menée en parallèle avec les opérations de constitution de réserves fourragères à travers la préservation des pâturages, la fauche du fourrage naturel et la valorisation des sous-produits agricoles. D’autres cultures fourragères comme le niébé, l’arachide, le mil, la luzerne, etc. sont aussi encouragées.
Cependant parmi toutes ces spéculations, le MEPA mise sur la vulgarisation de « l’herbe à éléphant » ou « roseau de Chine », appelé aussi néma ou maralfalfa. Le néma est une plante qui peut produire 20 à 40 tonnes de fourrage à l’hectare. Une seule bouture de néma couchée à même la terre peut générer jusqu’à 40 tiges de maralfalfa. Elle ne nécessite ni engrais, ni pesticide, mais un peu d’herbicide la première année et de l’eau, tout le temps.
Avec la FAO, le PRAPS a initié le concept « Champs-école » qui fait son bonhomme de chemin. A ce jour, plusieurs pépinières ont été mises en place et des boutures de néma distribuées à plusieurs groupes mixtes pour vulgariser la culture de cette plante à haut rendement fourrager et nutritionnel. Dans cette perspective le PRAPS qui a déjà obtenu des résultats intéressants à Linguère, à Barkédji et à Loumbol Thilly, entre autres, va appuyer l’Association pour la défense de l’intérêt des Producteurs de Podor (ADIPP) à créer six champs-école dans ce département du nord du Sénégal qui est l’une des plus grandes zones qui alimentent la transhumance.
En plus du néma, Awa s’adonne à la constitution de réserves fourragères naturelles pour donner à manger au noyau sensible de son troupeau constitué de vaches gestantes ou allaitantes, de veaux et d’animaux malades, inaptes à la transhumance. Du mois d’octobre au mois de décembre, Awa Alassane Sow a visité de nombreuses localités pour faire la démonstration qu’il est possible de préserver les ressources herbacées afin de mieux gérer les périodes de soudure. Pour elle, une certitude demeure : « le fourrage naturel peut être réparti en quatre parties : 1/4 est mangé par les animaux, 1/4 est détruit par les feux de brousse, 1/4 est piétiné ou avarié par les excrétions animales, 1/4 est victime des vents et des termites. » Nantie de cette certitude, elle est d’avis qu’il faut tout faire pour préserver les 3/4 du fourrage qui est perdue chaque année.
En plus d’un important troupeau mobile de bovins, d’ovins et de caprins. Le troupeau géré en mode semi-intensif est également riche de 10 vaches allaitantes, d’un taureau exotique, de brebis et d’agneaux de race. Cette année, grâce à la motofaucheuse fournie par le PRAPS, elle a pu récolter 780 bottes de fourrage à raison de 8 à 13 kg la botte. Au bas mot, cette récolte lui a fait gagner 850 000 à un million de F CFA sur ses dépenses fixes pour acquérir du fourrage. Après trois mois de récolte de fourrage (octobre à décembre), la motofaucheuse est prêtée ou louée à d’autres groupements d’éleveurs ou à des individuels. Les modalités du prêt sont définies d’avance. L’utilisateur paie le carburant, les frais de transport, d’entretien et de réparation et verse une somme de 5000 F par hectare récolté au titre de l’amortissement du matériel.
Awa Dembel Alassane Sow voit à travers le système d’exploitation de la motofaucheuse et de la botteleuse plusieurs avantages : « préservation des réserves naturelles, économie substantielle des dépenses liées à la nourriture des animaux, économie de plus d’un million de F CFA sur son budget réservé à l’alimentation du bétail. » Mais l’apport le plus important pour elle, c’est que « les animaux bien nourris donnent beaucoup plus de lait et de viande et se reproduisent mieux. » Et pour la première fois, elle espère doubler la quantité de lait produite et couvrir toute l’année !

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Isma SARR, 75 ans, éleveur à Gouloum Thiarène : « le PRAPS m’a appris en moins de deux ans, bien plus que tous les autres projets en 40 ans ! »

Gouloum Thiarène, département de Linguère, arrondissement de Yang Yang, région de Louga. Tôt le matin, d’octobre à décembre, les deux motofaucheuses du vieil Isma SARR entrent en action. L’année dernière, cet éleveur qui dispose d’un impressionnant troupeau plus de bovins, avait récolté 9500 bottes de fourrage dont la valeur commerciale était estimée à 14 millions de FCFA, à raison de 1500 F la botte de 12 à 15 kg.

IMG_7649En période de soudure, le fourrage sert en priorité à nourrir les animaux. Seul le surplus est écoulé. A la faveur de deux campagnes fourragères bien réussies, le vieil homme est devenu un véritable entrepreneur fourrager. Et il s’interroge souvent sur la nécessité de cultiver de l’arachide. Pour lui, en effet, « l’arachide est cultivée pour se faire de l’argent et du foin. Le fourrage naturel, qui pousse à l’état sauvage, permet de faire d’une pierre deux coups. Il permet à la fois de se faire beaucoup d’argent et surtout de trouver assez de réserves pour nourrir les animaux jusqu’au prochain hivernage. »

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Cette année, malgré le stress hydrique qui n’a pas favorisé l’abondance des pâturages naturels, Isma SARR ambitionnait de dépasser les 12 000 bottes, grâce à une nouvelle motofaucheuse acquise à 3 millions de F CFA, sur les économies réalisées lors de la campagne précédente. Sa première motofaucheuse et sa première botteleuse artisanale lui avaient été cédées par le PRAPS. Non content de faucher l’herbe sauvage à l’état vert, riche en protéines, le vieux ‘’diarga’’ a commencé, le 28 août 2019, à emblaver un périmètre pilote d’un hectare de néma.

Le néma ou maralfalfa, devenu la coqueluche des éleveurs sénégalais, commence à produire après trois mois de bouturage. Isma a effectué sa première récolte le 26 novembre 2019. Utilisant le système d’arrosage dit « goutte à goutte », le vieil éleveur mise sur la gestion judicieuse de l’eau pour gérer son champ de néma qu’il entend porter à trois hectares dès sa deuxième année d’exploitation. En plus des économies d’eau, la régularité des récoltes et la qualité du fourrage sont assurées.

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Pour la vulgarisation du néma, le PRAPS Sénégal travaille avec la FAO sur le concept « Champs-école » qui fait son bonheur de chemin. A ce jour, plusieurs pépinières ont été mises en place et des boutures de néma distribuées à plusieurs groupements mixtes d’agropasteurs pour populariser la culture de cette plante à haut rendement fourrager et nutritionnel.

Avec l’appui du Projet, Isma SARR a pris part à la sixième journée nationale de l’élevage qui a été célébrée le 28 novembre à Kaël, dans le département de Mbacké, Région de Diourbel. Il fait partie des 33 lauréats qui ont été honorés par le Chef de l’Etat pour s’être distingués en matière de de constitution de réserves et de culture fourragères. A l’image de Isma SARR, les bénéficiaires des motofaucheuses du PRAPS ont été très performants ces deux dernières campagnes.

A terme, l’ambition du PRAPS est de voir émerger de véritables entrepreneurs fourragers et des banques de fourrage à travers le système de mise en défens qui couvre actuellement 557 hectares au niveau des 20 Unités pastorales disposant d’un plan de gestion validé. Les communautés locales suivent avec beaucoup d’intérêt l’exécution et participent à la réception des travaux de chacun des sites concernés.  Au niveau des sites clôturés, l’exploitation a déjà commencé, notamment à Gabou et Béma dans le Bakel où les comités de gestion ont vendu, comme de petits pains, le fourrage produit en 2018 et 2019. Les éleveurs et les autorités administratives et communales ont beaucoup apprécié cette activité dans la mesure où il était souvent très difficile de trouver du fourrage dans ces terroirs, surtout en période de soudure.

20181117_122328   Ici et là et partout, ce sont des témoignages de satisfaction à l’égard du projet qui ont été enregistrés lors de notre passage pour mesurer l’impact des motofaucheuses sur la sécurité alimentaire du bétail et la génération de revenus pour les bénéficiaires. Ainsi pour Awa Dembel Alassane Sow de Barkédji, « la motofaucheuse a été une initiative pleine de sagesse et de générosité pour les pasteurs. Elle permet de rationaliser la gestion des ressources naturelles. Elle permet de sauver le bétail et d’économiser beaucoup d’argent qui aurait été dépensé pour acheter de la paille d’arachide et de l’aliment concentré. Elle permet enfin de générer des revenus assez importants qui peuvent être utilisés pour renforcer les ressources familiales. »

En 2018,13 164 bottes ont été produites dans les 10 sites qui ont pris part à la campagne de fauche. Des bottes de 7 à 15 kg en fonction du type de botteleuse (caissons ou botteleuses artisanales en fer forgé) ont été produites. En 2019, près de 25 000 bottes ont été générées.

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On peut citer, entre autres, la constitution de réserves fourragères pour faire face à l’accessibilité et à la cherté des aliments industriels ; l’augmentation de la productivité de l’élevage (amélioration de l’état d’embonpoint des sujets et de la production laitière) ; l’économie de ressources financières consacrées à l’achat d’aliments de bétail ; l’appui dans l’ouverture de pare-feu pour protéger les ressources naturelles, les unités pastorales et même les habitations ; la diversification d’activités génératrices de revenus en milieu pastoral.

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L’utilité des motofaucheuses pour le développement de l’élevage et des activités pastorales, n’est plus à démontrer. Cela constitue même et à bien des égards, des gages de pérennisation de l’exploitation de ces engins. Pour cela, les services de l’élevage ont un rôle régalien d’appui, de coaching et de suivi à jouer. En effet, les collectivités locales nouent certes des partenariats avec les usagers pour une gestion collégiale de proximité, mais le constat est que les conseils municipaux, surtout ruraux, ont une capacité de suivi limité par manque de ressources humaines qualifiées.

 

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